Interdite par la loi depuis plus de vingt ans, l’excision n’a pas disparu de Côte d’Ivoire. Elle recule dans certaines régions, mais se cache davantage ailleurs. Où en est-on vraiment ?

Ce que disent les chiffres

Selon les enquêtes nationales et celles des agences des Nations unies, environ un tiers des Ivoiriennes de 15 à 49 ans ont subi une forme d’excision. La pratique est plus répandue dans le nord, le nord-ouest et l’ouest du pays, et varie fortement selon les communautés. Chez les plus jeunes générations, la tendance est à la baisse : de plus en plus de mères refusent de faire subir à leurs filles ce qu’elles ont vécu.

Une pratique devenue clandestine

Depuis la loi de 1998, l’excision est un délit puni de prison et d’amende, avec des peines aggravées en cas de décès de la victime ou si l’acte est commis par un professionnel de santé. Des exciseuses ont été arrêtées et condamnées.

Mais la loi a aussi un effet pervers : la pratique se cache. Elle est parfois réalisée sur des filles de plus en plus jeunes, voire des bébés, ou lors de séjours au village ou de l’autre côté de la frontière, pour échapper aux regards.

Pourquoi elle persiste

Ce n’est pas de la cruauté, mais de la pression sociale. Beaucoup de familles craignent qu’une fille non excisée soit mal jugée, ne trouve pas de mari ou soit exclue de la communauté. Des croyances persistent aussi : l’excision serait une question de pureté, d’hygiène ou de religion. Or, aucune religion ne l’exige, et elle n’a aucun bénéfice pour la santé.

Ses conséquences, elles, sont bien réelles : hémorragies, infections, douleurs durables, complications lors de l’accouchement et traumatismes psychologiques.

Ce qui fait avancer les choses

Les campagnes de sensibilisation, les ONG locales, les leaders religieux et traditionnels engagés et, surtout, les femmes qui osent parler font bouger les lignes. Les exciseuses qui renoncent à leur activité et se reconvertissent dans le commerce ou l’agriculture sont aussi un levier important.

Encadré pratique : agir et se protéger

  • Alertez en cas de risque pour une fillette : police, gendarmerie, services sociaux ou ligne d’écoute nationale (1308, à vérifier avant publication).
  • Consultez un médecin ou une sage-femme si vous souffrez de séquelles : des prises en charge existent, y compris chirurgicales.
  • Parlez-en à vos proches : c’est souvent dans les familles que la décision se prend, et se change.

Briser le silence

Mettre fin à l’excision ne se fera ni par la peur ni par le jugement, mais par l’information et le dialogue. Chaque mère qui dit « non » protège sa fille, et toutes celles qui viendront après elle.

Cet article a une vocation informative. Si vous ou une proche êtes concernée, rapprochez-vous d’un professionnel de santé ou d’une association spécialisée.

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