Dans les villages comme à Abidjan, des femmes se retrouvent sans terre ni toit après le décès d’un époux ou d’un père. Pourtant, la loi ivoirienne ne les oublie pas. Que dit-elle exactement ?
« On m’a dit que la plantation n’était plus à moi »
« Quand mon mari est décédé, ses frères sont venus me dire que la plantation revenait à la famille. J’y travaillais depuis vingt ans. Je ne savais pas que j’avais des droits. »
Affoué K., 52 ans, planteuse près de Daloa
Aidée par une association de juristes, Affoué a fait reconnaître sa qualité d’héritière. Aujourd’hui, elle exploite toujours ses parcelles de cacao avec ses enfants.
Le décès d’un proche : un droit qui existe
Beaucoup de veuves pensent encore que les biens reviennent d’office à la famille du défunt. Ce n’est plus ce que prévoit la loi. Depuis la réforme de 2019 sur les successions, le conjoint survivant est reconnu comme héritier, et les enfants héritent à égalité, filles comme garçons.
La terre rurale : pas de réserve masculine
Pour les champs de cacao, de café ou d’anacarde, la loi de 1998 sur le domaine foncier rural s’applique. Elle permet de transformer un droit coutumier en certificat foncier, puis en titre de propriété. Aucun article ne réserve ce droit aux hommes : une Ivoirienne peut l’obtenir à son nom, ou conjointement avec son mari.
Entre la loi et le quotidien, un fossé
Dans de nombreuses communautés, la coutume transmet la terre par les hommes. Les femmes cultivent et nourrissent la famille, mais n’ont souvent qu’un droit d’usage, accordé par un père, un mari ou un frère. Trois obstacles reviennent : la méconnaissance des textes, le coût et la lenteur des démarches, et la pression familiale.
Encadré pratique : les bons réflexes
- Faites enregistrer votre mariage à l’état civil.
- Demandez que le certificat foncier soit établi à votre nom ou aux deux noms.
- Conservez tous vos documents (actes, reçus, attestations villageoises) et ne signez rien sans comprendre.
- Sollicitez de l’aide : notaire, mairie, Agence foncière rurale (AFOR) ou association de juristes comme l’AFJCI.
Connaître ses droits, c’est déjà les défendre
La loi a changé, mais elle ne protège que celles qui la connaissent. Parlez-en à votre mère, à vos sœurs, à vos amies : un droit partagé est un droit mieux défendu.
Cet article a une vocation informative. Pour votre situation personnelle, consultez un professionnel du droit.

